L’ART AFRICAIN

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Auteur : TOUBIB

Dessinateur : japhet Miagautar

Trois pensées, trois analyses, trois auteurs suffisent à dresser un état des lieux plus qu’inquiétant de la perception de l’image de l’homme noir et de sa culture dans le monde.

Il s’agit de Engelbert MVENG, qui affirmait dans son ouvrage l’art et l’artisanat africain, CLE, Yaoundé, 1980: « L’Art nègre en Afrique même, cherche sa nouvelle voie de survie. Il veut continuer à porter le message de la vie de l’homme ; il veut raconter toute sa vie. Voilà pourquoi la jeune génération, cherche, au carrefour de ce siècle où toutes les cultures se croisent, comment permettre à la culture négro-africaine d’apporter la contribution de son art à l’édification de la civilisation de notre temps.».

Ensuite, Jean Philippe OMOTUNDE, dont nous apprécions à sa juste valeur le regard, la pensée, à travers des phrases telles que : « Qu’est ce qu’être kamit(e) ? Il faudra bien un jour ou l’autre, que nous nous posions cette question cruciale afin de sortir du cadre de l’aliénation culturelle et de la copie civilisationnelle étrangère. Car si nous voulons réussir un jour à nous défaire de toutes les tutelles intellectuelles, culturelles et spirituelles extra-kamites (c’est-à-dire non africaines) et parvenir à penser par nous-mêmes et pour nous-mêmes, il nous faudra nécessairement trouver une réponse juste et rationnelle à cette question. ».

Enfin, un autre auteur, pas des moindre, Bienvenu Cyrille BELA, Historien de l’art et Chargé de cours à l’Université de Yaoundé I, qui affirmait : « Dans l’art africain, les formes sont symboliques, signifiantes et même vivantes. Il serait par conséquent absurde de penser que la somme des symboles qui s’y retrouve constitue une espèce de code chiffré établi soit de façon arbitraire, soit pour des besoins d’un esthétisme hermétique ».

Ces trois lignes de pensée résument de fort belle manière l’état des lieux des civilisations africaines telles qu’elles ont été perçues pendant les premiers contacts avec l’Occident, et qui malgré la reconnaissance de la mauvaise interprétation dont elles ont fait l’objet pendant plusieurs décennies par le monde de la science sont encore sujets à un certain dénigrement de la part d’une partie de l’opinion européenne. Est-ce une erreur de jugement ? bien sur que non, c’est plutôt une stratégie conçue pour alimenter et nourrir une politique de destruction de l’Homme, de l’Africain. En évaluant la situation de plus près, on peut dire que ça a marché et que de nos jours, ça marche encore. C’est donc un véritable succès.

Toutefois, il n’ y a pas lieu de désespérer. En s’attaquant à la culture, ils se sont attaqués à l’homme. Mais malgré tout, depuis des décennies, il a plié sans jamais rompre ; et pour combien de temps encore ? D’où l’absolue nécessité pour les africains de continuer à faire un travail de reconstruction civilisationnelle basé sur les valeurs fondatrices de ce qui fut jadis, l’art africain.L’une de ses valeurs est ce que propose Jean Philippe OMOTUNDE, « être un Kamite », qui passe indubitablement par la reconnaissance d’une situation actuelle plus que critique, et la réécriture d’une nouvelle histoire par la mise en route et le développement des projets scientifiques destinés aux africains, nullement calqué sur le modèle de société qui nous a mené jusque-là dans les entrailles de l’enfer. Mais avant cela, il faudrait nécessairement faire une analyse des facteurs à l’origine du mal.

Ce sont notamment des facteurs humains, naturelles et d’un concours de circonstance. Pour le facteur humain, les états occidentaux et les églises ont expurgés, dépouillés les africains de tous les supports de conservation, d’enseignement et de transmission des connaissances, par le biais d’expéditions ayant traversés l’Afrique d’Est en Ouest et du Nord au Sud, pendant plusieurs décennies. Ce qui fait qu’actuellement, presque la totalité des productions sacrées autrefois utilisées dans les cultes et autres rites initiatiques, sont gardées, au mieux confisquées par des institutions muséales en Occident. D’où des voix qui continuent de s’élever pour légitimement revendiquer le rapatriement, le retour de ces oeuvres dans leurs communautés de droit. Et que peut-on y faire ? Les choses auraient pu changer depuis fort longtemps si les dirigeants des états africains s’en étaient préoccupés et avaient eux-mêmes fermement pris des mesures d’accompagnement pour que ces oeuvres rentrent au sein des communautés originellement détentrices.

Fort est de constater que ça ne fut pas le cas et c’est loin d’en être un. On est donc en droit de se demander si ceux là sont justes africains de peau ou d’âme. Ainsi, il n’est pas étonnant que la jeunesse, cette jeunesse qu’on prétend tant aimer et tant protéger à travers les discours des pseudo démocrates à la solde de l’ennemi soit encore à la recherche des nouveaux repères, tandis que ceux d’autres continents semblent savoir exactement où ils vont. Et dans le monde de l’art, cela se traduit par la constitution de ce que nous pouvons appeler de « bras armés » au sein des états africains dont le but est de continuer à détruire ce qui reste de la culture de l’intérieur (création d’églises de toutes sortes par çi, développement et émergence des sectes et des pratiques sataniques par là, apologie de l’art contemporain qui selon Baudrillard même, relève de la nullité…).

Concrètement, les ministères de la culture de certains états africains, en évoluant en marge des projets artistiques montés ça et là par les jeunes, créent un vide qui est tout de suite occupé par des institutions culturelles étrangères qui finissent par dicter leur loi en décidant de ce qui est art ou pas, en imposant de manière indirecte à la jeunesse des nouveaux critères d’appréciation de l’art par la promotion de ce qui cadre avec leurs aspirations socio-politiques et culturelles. Voilà comment l’art contemporain par exemple, est devenu progressivement un modèle culturel pour certains africains, au détriment de ce qui fut jadis, la fierté des valeur africaines. Même s’il est vrai que rien n’est figé à l’échelle du temps, qui change en remodelant au passage l’homme et son sens de perception des choses, ses sensibilités, son goût, ses aspirations…, il est temps de  faire une remise à plat de certaines pratiques qui constituent un handicap majeur à la formation global de l’Homme africain. Cela va de l’ordre ou de l’évolution naturelle des choses, nous dira-t-on.

Si tel est le cas, il faudrait bien que les adultes se demandent ce qu’ils ont transmis à la jeune génération qui ne cherche plus de repères mais subit pleinement celles que l’histoire lui impose.Il faudrait bien un changement radical d’objectif et de priorité sociale, qui ne passe pas forcément par le fusil ou la violence physique, mais plutôt par la fermeture des portes à tout ce qui destructif et contreproductif pour les sociétés africaines, pour permettre la connaissance de soi, d’où on vient et où on va. Parce qu’à force de laisser la porte ouverte à tout et à tout le monde, les africains ont assez joué avec le feu. Un autre facteur ayant contribué à la dépréciation de la culture africaine est l’ignorance qui a conduit à la déformation intentionnelle du sens des masques et statues, autrefois et encore présentés comme « fétiches », comme « objet relevant de la sorcellerie ». Du coup, les esprits malveillants, certaines théories eurocentristes en ont profité pour établir une hiérarchie culturelle qui place au sommet de la pyramide le modèle culturel occidental.

Fort heureusement, de nos jours, cette recette ne semble pas avoir un écho pertinent auprès de l’opinion, parce que le sens, la démarche artistique ayant abouti à la production des oeuvres en Afrique va au-delà de la science, et n’est plus à démontrer. Ceux qui savent lire dans les formes et les symboles peuvent déchiffrer le message qui s’y cache.